L’événement littéraire de cette année au Japon, c’est sans aucun doute la parution de 1Q84 de Haruki Murakami. Le roman de l’écrivain japonais le plus populaire s’est imposé comme un best-seller avant même sa sortie, en mai dernier : le premier tirage est épuisé dès sa mise sur le marché, et un million d’exemplaires ont été vendus en un mois. Comme l’indique le titre, qui évoque visiblement le roman de George Orwell 1984, et qui aurait plusieurs sens, l’histoire se déroule en 1984 au Japon : les vies parallèles de deux protagonistes, Téngo (un jeune professeur qui rêve de devenir romancier) et Aomame (une femme qui travaille dans une salle de sport), sont racontées à la troisième personne. Les principaux sujets abordés dans le roman sont le meurtre, l’histoire, la religion, la violence, les liens familiaux, l’amour, la vie et la mort. Dans ce sens, il s’agit bel et bien d’un roman total et du chef-d’œuvre de l’auteur nobélisable.
Moins spectaculaire, mais non moins sérieux ni moins important, est le dernier roman de Natsuki Ikezawa, intitulé Kadena, nom d’un lieu d’Okinawa où se trouve une base militaire américaine. L’auteur japonais résidant actuellement en France a ainsi mis en scène le problème de la présence militaire à Okinawa où il a vécu pendant dix ans. Le sujet est donc extrêmement grave, mais le ton est plutôt comique, il s’agit d’une histoire d’espionnage au moment de la guerre du Vietnam, vécue par quatre espions amateurs.
Parmi les prix littéraires, Itamu Hito (l’Endeuillée) de Arata Tendo, prix Naoki, répond également aux soucis de notre époque : il s’agit de l’histoire d’un jeune homme qui se rend sur des lieux d’accident ou de crime pour devenir, en quelque sorte, le témoin de défunts qui lui sont totalement étrangers. Selon le héros, ce n’est pas pour commémorer, mais pour pleurer qu’il fait cet acte de deuil.
Kanae Minato a remporté le prix des Libraires avec son premier roman policier, Kokuhaku (Confession), dont le sujet est également le deuil, mais le ton est complètement différent : l’héroïne, professeur de lycée, se venge de la mort de sa fille. Nouveau phénomène à signaler : la montée d’écrivains d’origine étrangère comme Liu Qiao (alias Yang Yi), d’origine chinoise (lauréat du prix Akutagawa en 2008) ou Shirin Nezammafi (d’origine iranienne). Certes, il a toujours existé des écrivains d’origine chinoise ou coréenne au Japon, mais, là, il s’agit de japonophones qui ont appris le japonais à l’âge adulte.
From Libération